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L'enquête sur le juge Renard peut en cacher d'autres |
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Le juge Renard, alors chargé du
dossier, affirme avoir refusé le «chantage» du détenu et ne l'avoir
libéré que pour raisons humanitaires : ce dentiste déprimait en prison et son
cabinet risquait de péricliter. Néanmoins, les conditions de cette extraction
en catimini (sans procès-verbal, sans présence d'un avocat) ont laissé
pantois le président du CSM, Guy Canivet : «Aucun juge d'instruction ne
peut faire croire que c'est une procédure normale de remise en liberté.» Carnet. Patrice
Davost, directeur des affaires judiciaires au ministère, justifie la saisine
de l'Inspection : «Des allégations visent des magistrats, ces mises en
cause sont l'objet de vérifications.» En 2003, le procureur de Nice Eric
de Montgolfier avait ouvert une enquête préliminaire sur le même sujet. Non
pas pour vérifier si les deux magistrates seraient consommatrices de cocaïne,
mais pour éclairer une autre curiosité procédurale : la disparition de
certains scellés, comme le carnet où le fournisseur notait scrupuleusement
les commandes des clients. Mais aussi l'absence de poursuites contre une
cliente, proche de l'une des magistrates. Le rapporteur du CSM, Vincent
Lamenda, premier président de la cour d'appel de Versailles, décortiquant
avec une précision diabolique l'affaire Renard, concluait également : «De
nouvelles enquêtes mériteraient sans doute d'être entreprises (...) à
l'égard d'autres magistrats qui pourraient avoir commis des actes
répréhensibles.» Dans le chapitre consacré à une intervention auprès
d'Emile Zuccarelli (1), alors ministre de la Fonction publique, afin de
favoriser la promotion du juge Renard comme procureur général à Monaco, le
rapporteur cite d'abord ce dernier : «J'ai fait cette démarche comme
beaucoup de magistrats dont je ne citerai pas le nom.» Une note de bas de
page précise : «Il s'agit de M. Le Bourdon, président de la chambre de
l'instruction d'Aix-en-Provence.» Diabolisation. En
juin 2001, Yves Le Bourdon venait témoigner en faveur de Jean-Paul Renard
lors d'une première audience devant le CSM (à la suite de sa mise en examen
pour avoir consulté le casier judiciaire à des fins maçonniques), en des
termes très élogieux : «Compétence professionnelle remarquée et reconnue
par tous, menant ses informations avec clarté, rigueur, logique, efficacité.
A ces qualités, j'ajouterai le sens de la mesure et de la dignité dont M.
Renard a su faire preuve depuis qu'il est publiquement, violemment, attaqué
de manière injuste et indigne.» Qu'un président de chambre vienne ainsi
épauler un juge d'instruction qu'il est théoriquement chargé de contrôler,
le cas échéant de censurer avait choqué. Le Bourdon s'en justifiait en
dénonçant «les attaques personnelles publiques portées par M. le procureur
de la République (Montgolfier, ndlr). Je ne peux m'empêcher de me
poser la question si cette diabolisation n'était pas le premier effet
recherché pour créer artificiellement un point de non-retour, une pression
sur les autorités». Suite à cette envolée, le CSM n'avait alors infligé
qu'une simple réprimande au juge Renard. «Une très grande victoire»,
estimait son avocat, Me Cardix. Michel Cardix, lui, est mis en
examen pour blanchiment au profit d'un escroc libanais en fuite, Anthony
Tannoury. Son nom figure aux côtés du juge Renard dans un des griefs
reprochés par le CSM. En résumé : Renard sauve Tannoury d'un mauvais pas en
mai 1995 en lui permettant de dédommager une victime Ñ une société de
bâtiment dont les travaux dans la villa de Tannoury n'ont pas été payés. Mais
sans laisser de trace, car la villa est au nom d'une société offshore
dont Tannoury ne veut pas apparaître comme l'ayant droit. Une fois la villa
saisie et mise en vente, Tannoury se débrouillera pour la racheter en passant
par le compte d'avocat de Me Cardix. Répit. Lors de
la dernière audience du CSM, alors que la chancellerie venait de réclamer sa
révocation, Jean-Paul Renard s'est dit «à bout», ne sachant s'il
saurait «supporter» une telle décision. Me Cardix pouvait savourer un
répit : le même jour, la chambre de l'instruction d'Aix annulait quelques
pièces de sa propre affaire. (1) Au CSM, Jean-Paul Renard
affirme n'avoir jamais rencontré Emile Zuccarelli. Ce dernier, dans un
courrier à Libération, banalise son intervention : «Il s'agit de
démarches extrêmement courantes, quel que soit le corps d'origine des
fonctionnaires. J'en veux pour témoignage la réponse de la chancellerie qui
n'a manifestement été ni étonnée, ni choquée.» Il indique n'avoir
rencontré Renard qu'une fois, l'été 1998 en Corse, brièvement. Une fois,
donc. |
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